Extrait du livre "Lumiéres de verre" sur l'oeuvre de Léon Ottenheim

... Nous avons vu que Léon Ottenheim aimait se rendre à la Panne en Belgique et en a laissé de nombreuses traces…. Cette ville balnéaire célèbre pour ses dunes avait une architecture particulière, c'est un cousin des Ottenheim qui va nous présenter les particularités de cet urbanisme (texte d'avril 1966) :

Notes sur l'architecte ayant construit La Panne
« Mon grand-père Albert Dumont était un homme de complexion essentiellement artistique. Il avait nimbé toute sa vie d' esthétiques variées et, mis à part le souci de nourrir sa grande famille (13 enfants - 11 garçons et 2 filles), il passait tout son temps soit dans les disciplines de l'architecture à faire de l'urbanisme, de la composition architecturale, du lotissement, de la décoration, soit à faire de la musique, ou encore à monter ou créer des pièces de théâtre et des comédies musicales avec la collaboration de ses enfants.
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De santé plutôt fragile, souffrant d' asthme, il était d'une grande douceur, n' élevant jamais la voix, ne se fâchant jamais, et dirigeant tout son monde sans aucune marque d'autorité, se contentant d'une persuasion légèrement ironique dans les cas un peu difficiles.
Ayant passé une partie de sa jeunesse à Versailles dans la famille de sa mère Stéphanie de Récalde-Ottenheim, imprégné de cette ville de grand art il garda toujours une admiration pour le grand siècle français.
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A part un voyage au Caire ou, pressenti par Empain, il était allé se rendre compte de possibilités de réalisations éventuelles il voyagea peu, aimant beaucoup son Brabant, et encore plus ses dunes de La Panne, ou il mit le meilleur de lui-même dès 1895 à urbaniser et construire des villas dont le charme et la simplicité, exempts de tout académisme, étaient nouveautés en ce début du xxe sièc1e. Elles sont encore nombreuses à témoigner de cet art réaliste et délicat qu'il déploya pour sa création de La Panne.
Avant de s'installer à La Panne vers 1903, il oeuvra quelque quinze années à Middelkerke (I1 s'est aussi fortement intéressé à la création d'Hardelot, en France, et dressa un plan complet d'urbanisation de cette plage), y construisant plus de deux cents maisons. On y construisait par îlots carrés, rasant les dunes pour avoir une cité bien de niveau. Il était convaincu que si cette formule était pratique pour le lotissement et les régies, elle était pour le moins dépourvue de tout pittoresque et supprimait le caractère naturel de la région.
A La Panne, il fait tout le contraire, gardant et consolidant les dunes, plantant, conservant ou créant des sentiers piétons, créant des voies axiales ou principales, mais distinguant bien les valeurs, laissant son rôle à la grande voirie comme à la venelle, n'hésitant pas à bâtir, tant dans les pannes que sur les sommets des dunes (Mont-Blanc, Thiriar, Beau-Séjour, Duinrust), malgré les difficultés que représentaient les accidents de terrain. Ce caractère pittoresque primitif est toujours présent dans la charmante cité balnéaire, malgré les ravages des "modernisations" et des "aménagements" ultérieurs. Ces dispositions donnaient une intimité extraordinaire aux villas nichées chacune dans un petit cadre propre, et composé chaque fois essentiellement pour ce cadre particulier.
C' était là sa grande originalité et, ne sacrifiant à aucune mode, restant simple et vrai, ses villas sont encore aujourd'hui à notre goût.
[…] Nombreux étaient les artistes qui fréquentaient la grande villa qu' il s' était fait construire à La Panne, appelée "villa bleue" et surmontée aux pignons d'un oiseau bleu stylisé, sorte d'armes familiales qu'il s'était inventées, et dont le grand escalier extérieur en bois avait une rampe dont les balustres en bois découpé portaient des devises.
Parmi celles qu'il aimait utiliser et qui témoignaient bien de son était d' esprit, on peut se souvenir de cel1e-ci: "rien n' est plus illogique que l' architecture rationnelle".
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[Pour Eugène Dhuicque] sa création de La Panne restera l' oeuvre capitale d' Albert Dumont, et il serait impossible de tracer l'histoire de 1'architecture beIge sans tenir compte de la place qu'il y occupe.
En 1926, 6 ans après sa mort, s' élevait à La Panne, au centre de l' avenue Albert Dumont, un monument commémoratif, sorte de banc souvenir en pierre de France, conçu par son fils Alexis, orné d'un médaillon en bronze, et sur lequel on lit: "A Albert Dumont - Ses admirateurs - Ses amis". »

Notes sur l'inventeur des chars à voiles

La famille Dumont s' est aussi illustrée autrement, à la Panne:

« Le 28 février 1916 Benjamin Dumont s'est éteint à Dinan, à l'âge de 26 ans.
Délicat mécanicien, ingénieux et persévérant, il a doté La Panne, par son labeur, d'une attraction : les chars à voiles. Il Ies construisait et les perfectionnait lui-même sans cesse et remportait d' ailleurs les premiers prix dans tous les concours. Les ouvriers qu'il a formés ont gardé une forte empreinte de leur apprentissage chez lui et ils ont acquis de 1'initiative, une grande prudence jointe à de la hardiesse dans les conceptions.
Pour perpétuer le souvenir du cher disparu, sa famille et ses amis ont pensé à fonder en son nom un prix d'encouragement pour l'initiative et les facultés d'invention des jeunes gens de La Panne. Ce prix, de 200 francs, sera attribué aux lauréats d'un concours organisé par l'Institut Pannois qui a bien voulu se charger d' en indiquer chaque année l' objet et de désigner un jury. Les concurrents devront construire une maquette ou dessiner un appareil ou meuble quelconque utile, de préférence n'existant pas dans le commerce et que par conséquent, ils auront à combiner ou inventer.
Ce concours est réservé aux élèves et anciens élèves du cours de dessin et du quatrième degré de l'Institut Pannois.
"De Wekker" du 3 mars 1917.

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